mardi 21 novembre 2017

PREAMBULE

- Attrape, Owens !
Le projectile mal calibré s'écrase dans l'indifférence la plus totale à un mètre de sa cible.

Nous sommes le 4 août 1936 et Jessie vient de bondir tel un félin à 8 mètres 06. Après une finale assourdissante où le public allemand avait pris fait et cause pour l'athlète Luz Long, la tomate pourrie de ce jeune officier n'émeut personne. Seule Mathilda tente de raisonner son fils :

- Mon coeur, aurais-tu oublié qu'il est inconvenant de faire preuve d'une telle hostilité ?
Le jeune homme n'écoutait point sa mère mais concentrait toute son attention sur la scène des exploits olympiques. Mais le plus bel exploit du jour, c'était Luz Long lui-même qui venait de l'offrir devant les yeux d'un Fürher médusé, et Hirschwald commenta, furibond :

- Non mais, vous avez vu ça ? Ce nègre d'Amérique qui se fait féliciter par notre champion ! C'est répugnant ! Viens, mère, partons ! Je ne veux plus voir un tel spectacle. Rien de bon ne vient des Etats-Unis, n'oublie jamais ce que je viens de dire.

Cette sentence déclamée, Hirschwald entraîna ses parents hors de l'enceinte de l'Olympiastadion. Le père se lançant dans une longue diatribe contre les Africains, Günther savourait chaque parole et se disait intérieurement que le paternel avait bien plus de bon sens que sa mère.

- Fils, conclut ce dernier au terme du discours le plus engagé qu'il ait eu depuis des années, discours dont la flamme avait été ravivée dans une ambiance torride, je ne t'adresserai qu'un reproche...

Günther Hirschwald n'en croyait pas ses oreilles.

- ... Tu as fui devant tes responsabilités. Tu avais l'occasion de faire entendre notre cause, la cause de la noble race aryenne. Utiliser une tomate pourrie et puis tourner des talons... C'est ce que j'appèlerais un manque de courage. Tu devais aller au bout de tes convictions et t'adresser en face de cet Owens ! Enfin, tu es encore jeune et je comprends que tu doives encore apprendre, ajouta-t-il, complaisant, devant l'air penaud qui décomposait le port altier de sa progéniture.

L'officier venait de perdre de sa superbe aux yeux de Fritz, son mentor. Il se promit en cette fin d'après-midi de faire l'impossible pour que son géniteur soit fier de lui. Bientôt, songeait-il, l'Allemagne lui procurerait l'occasion de laver, dans le sang s'il le fallait, le double affront de cette journée. La victoire d'un américain à la peau noire devant le blond aux yeux clairs, répondant au nom germain de Long. Ensuite, la remontrance dont il avait été l'objet. Dans le désarroi du moment, Günther Hirschwald ne remarqua pas qu'il n'avait pas été le seul à faillir : le chancelier avait également quitté l'enceinte olympique lors de la victoire de l'athlète noir. Geste de mépris et de dépit absolus, cela pouvait aussi être interprété comme une faiblesse de la part du dirigeant le plus craint de l'époque, au point que l'entraîneur de l'équipe olympique américaine du 4X100 mètres destituera le lendemain deux athlètes juifs au profit de Metcalfe et Owens.

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ATTENTION : ici, j'ai écrit 25 pages avant ce chapitre-ci. Cela raconte la vie d'Hirschwald en tant que commandant d'un autre ...